Un boîtier affiche 1 480 ppm, 38 µg/m³ et un index COV à 210. Ces trois nombres ne se lisent pas de la même façon et n'appellent pas la même réaction. Voici ce que mesure réellement chaque capteur, les valeurs que l'on relève couramment dans un logement français, et la durée d'aération qui fait réellement bouger les courbes.
En bref
- L’air extérieur se situe autour de 420 ppm de CO2 : au-delà de 1 000 ppm en intérieur, le renouvellement d’air est insuffisant.
- Une cuisson à la poêle fait passer les particules PM2,5 de 10 à 300 µg/m³ en une quinzaine de minutes, avec un retour à la normale en 30 à 60 minutes.
- Cinq minutes de courant d’air traversant ramènent une chambre de 1 800 à moins de 700 ppm, contre 25 à 45 minutes avec une seule fenêtre entrouverte.
Ce que mesure réellement chaque capteur
La mesure du CO2 repose sur un principe optique appelé infrarouge non dispersif. Une source émet un faisceau, un filtre isole la longueur d’onde de 4,26 µm que le dioxyde de carbone absorbe, et l’électronique déduit la concentration de l’atténuation observée. La précision annoncée tourne autour de plus ou moins 50 ppm plus 3 % de la lecture, sur une plage de 400 à 5 000 ppm, avec un temps de réponse de 30 à 60 secondes. C’est la seule mesure réellement directe du lot.
Les composés organiques volatils, eux, sont estimés. Un capteur à oxyde métallique chauffe une surface à 300 ou 400 °C et observe la variation de sa résistance électrique au contact des molécules présentes. Il ne distingue pas les espèces chimiques entre elles et restitue un index relatif, souvent gradué de 0 à 500, parfois converti en microgrammes par mètre cube par un calcul interne. La valeur d’eCO2 affichée par ce type de capteur est dérivée de cette mesure de COV, pas du CO2 : l’écart avec un vrai capteur optique atteint couramment 200 à 600 ppm.
Les particules sont comptées par diffusion laser. Une diode de 650 nm éclaire un flux d’air amené par un petit ventilateur, une photodiode compte les impulsions lumineuses de 0,3 à 10 µm, puis un algorithme convertit ce comptage en masse par mètre cube en supposant une densité moyenne. La précision réelle se situe autour de plus ou moins 10 µg/m³ ou 10 à 15 % de la valeur, ce qui signifie qu’en dessous de 5 µg/m³ l’affichage est surtout du bruit.
Restent l’humidité relative, mesurée à plus ou moins 3 %, et la température, à plus ou moins 0,5 °C. Attention à l’auto-échauffement du boîtier : l’électronique et le ventilateur ajoutent 0,5 à 1,5 °C à la mesure, et davantage si l’appareil est posé en plein soleil ou contre un mur chaud.
Le CO2 : un indicateur de renouvellement d'air
L’air extérieur se situe aujourd’hui entre 415 et 430 ppm, un peu plus en centre-ville aux heures de circulation. Une pièce vide et correctement ventilée affiche 450 à 600 ppm. Chaque adulte assis rejette environ 15 à 20 litres de CO2 par heure, valeur qui monte à 30 ou 40 litres lors d’une activité physique. Le CO2 n’est donc pas un indicateur de propreté de l’air : c’est un traceur de la présence humaine et du débit d’air neuf.
Le calcul se vérifie facilement chez soi. Dans une chambre de 12 m² sous 2,50 m, soit 30 m³, avec deux adultes, porte et fenêtre fermées, la concentration monte de 250 à 400 ppm par heure et atteint 1 800 à 2 500 ppm au réveil. Dans un séjour de 35 m² occupé par quatre personnes, comptez 1 200 à 1 600 ppm après deux heures. Une porte laissée entrouverte suffit souvent à diviser ces valeurs par deux, car elle double le volume disponible.
Les repères de lecture sont stables : en dessous de 800 ppm, le renouvellement est confortable ; entre 800 et 1 000 ppm, il reste acceptable ; entre 1 000 et 1 500 ppm, il faut prévoir une aération ; au-delà de 1 500 ppm, l’air neuf manque clairement. Ces seuils portent sur la ventilation, pas sur les autres indicateurs : une pièce à 550 ppm peut très bien afficher 180 µg/m³ de particules pendant une cuisson.
La plupart des appareils utilisent une auto-calibration qui suppose que la valeur la plus basse relevée sur 7 jours correspond à 400 ppm. Dans une pièce jamais aérée, cette hypothèse est fausse et la mesure dérive de 100 à 300 ppm. Si votre appareil le permet, faites une calibration manuelle à l’extérieur, à l’ombre, après 10 à 15 minutes de stabilisation.

Les indicateurs de l'air intérieur, valeurs courantes et seuils de vigilance
| Indicateur | Unité | Valeur courante en intérieur | Seuil de vigilance |
|---|---|---|---|
| Dioxyde de carbone (CO2) | ppm | 450 à 900 dans une pièce ventilée, 1 200 à 2 000 dans une chambre fermée au petit matin | 1 000 ppm, aération nécessaire au-delà de 1 500 ppm |
| Particules fines PM2,5 | µg/m³ | 5 à 20 hors événement, 150 à 400 pendant une cuisson à la poêle | 25 en moyenne sur 24 heures |
| Particules PM10 | µg/m³ | 10 à 30 en fond, 200 à 600 à l'ouverture d'un foyer à bois | 45 en moyenne sur 24 heures |
| COV totaux | µg/m³ ou index de 0 à 500 | 100 à 300 µg/m³, index de 100 à 200 | 1 000 µg/m³, ou index durablement au-delà de 300 |
| Formaldéhyde | µg/m³ | 20 à 60 dans un logement meublé depuis moins d'un an | 100 sur 30 minutes, 30 en moyenne longue durée |
| Humidité relative | % | 40 à 60 en journée, 65 à 85 pendant 20 à 40 minutes après une douche | Plus de 70 % pendant plus de 2 heures |
| Température de l'air | °C | 19 à 21 en pièce de vie, 16 à 18 en chambre | Écart de plus de 3 °C entre deux pièces d'un même niveau |
Particules PM1, PM2,5 et PM10 : les sources domestiques et leur signature
Les particules sont classées par diamètre aérodynamique. PM10 regroupe tout ce qui fait moins de 10 µm, PM2,5 tout ce qui fait moins de 2,5 µm, PM1 tout ce qui fait moins de 1 µm. Pour donner une échelle, un cheveu mesure 60 à 80 µm de diamètre. Les capteurs domestiques mesurent correctement les PM2,5 et estiment les PM10 par extrapolation, ce qui explique que deux appareils posés côte à côte s’accordent bien sur les premières et divergent de 20 à 30 % sur les secondes.
Dans un logement, la valeur de fond se situe entre 5 et 20 µg/m³ de PM2,5 et suit l’extérieur avec une atténuation de 20 à 40 % fenêtres fermées. Les événements, eux, sont spectaculaires et brefs. Une cuisson à la poêle fait monter la mesure à 150 à 400 µg/m³ pendant 15 à 30 minutes. Un four en mode fort à 220 °C produit un pic comparable. Une bougie donne 50 à 150 µg/m³. L’ouverture de la porte d’un foyer à bois envoie 100 à 600 µg/m³ pendant 5 à 10 minutes. Un aspirateur sans filtration fine remet en suspension 30 à 80 µg/m³ pendant le passage.
Les seuils de vigilance couramment retenus pour l’air intérieur sont de 25 µg/m³ en moyenne sur 24 heures pour les PM2,5 et de 45 µg/m³ pour les PM10. Un pic de cuisson à 300 µg/m³ pendant 20 minutes pèse peu dans une moyenne journalière : sur 1 440 minutes, il ajoute environ 4 µg/m³. Ce sont les événements répétés et la valeur de fond qui comptent, pas le chiffre maximal affiché.
Le temps de retour est la donnée la plus utile. Sans ventilation, une pièce de 30 m³ repasse de 300 à 20 µg/m³ en 45 à 90 minutes, par dépôt sur les surfaces. Avec la hotte en fonctionnement à 300 ou 600 m³/h et une fenêtre ouverte, comptez 10 à 20 minutes. Cuisiner sur les foyers arrière, sous la partie efficace de la hotte, réduit le pic initial de 30 à 50 %.
COV et formaldéhyde : lire un index avant de lire une concentration
Les COV totaux regroupent des centaines de molécules d’origines très différentes. Dans un logement occupé normalement, la valeur de fond se situe entre 100 et 300 µg/m³. Le seuil de vigilance généralement retenu est de 1 000 µg/m³, et une valeur supérieure à 3 000 µg/m³ signale un événement en cours plutôt qu’un état durable. Les pics sont faciles à relier à une activité : produits d’entretien parfumés à 500 à 2 000 µg/m³ pendant 20 à 40 minutes, solvants de bricolage, désodorisants, vernis.
Les travaux dominent tout le reste. Une peinture fraîche place une pièce entre 1 000 et 5 000 µg/m³ pendant 3 à 7 jours, avec une décroissance qui s’étale sur 4 à 8 semaines. Les panneaux de particules, les colles et certains textiles neufs relâchent du formaldéhyde sur plusieurs mois, à des niveaux de 20 à 60 µg/m³ dans un logement récemment meublé. Cette émission est sensible à l’ambiance : elle peut doubler entre 20 et 27 °C, et augmente encore au-delà de 60 % d’humidité relative. Le seuil de vigilance courant est de 100 µg/m³ sur 30 minutes, et de 30 µg/m³ en moyenne longue durée.
Un capteur à oxyde métallique demande 24 à 72 heures de fonctionnement continu pour se stabiliser, puis recalcule en permanence sa référence sur une fenêtre glissante de 24 heures. Conséquence directe : un index qui redescend à 100 ne signifie pas zéro microgramme, il signifie que l’air est comparable à la moyenne récente de cette pièce. Déplacer l’appareil d’une pièce à l’autre remet ce calcul à zéro et rend les 12 premières heures inexploitables.
La bonne façon de s’en servir est donc relative. L’index COV répond à la question : quelque chose a-t-il changé dans cette pièce. Le CO2 répond à la question : l’air est-il renouvelé. Les particules répondent à la question : un événement vient-il de se produire. Trois questions, trois lectures, et aucune des trois ne remplace les deux autres.

Aérer : durée réelle, méthode et effet mesuré
Toutes les aérations ne se valent pas. Un courant d’air traversant, obtenu en ouvrant deux ouvrants opposés, renouvelle 30 m³ en 4 à 6 minutes lorsque l’écart de température atteint 15 °C. Une seule fenêtre grande ouverte demande 15 à 25 minutes pour le même résultat. Une fenêtre en position oscillo-battante demande 45 à 90 minutes et refroidit surtout le mur qui l’entoure. Le rapport entre la meilleure et la pire méthode est donc de l’ordre de 1 à 15.
Les courbes le montrent bien. Une chambre à 1 800 ppm passe sous 700 ppm après 5 minutes de courant d’air traversant, puis remonte vers 1 000 ppm en 60 à 90 minutes si deux personnes y restent. Dans un séjour, deux aérations de 8 à 10 minutes par jour, une le matin et une en début de soirée, maintiennent la moyenne journalière entre 600 et 900 ppm.
L’objection du chauffage ne tient pas au calcul. Les murs, les sols et les meubles conservent leur chaleur pendant une aération courte, car leur inertie se compte en heures. Réchauffer 30 m³ d’air, soit environ 36 kg, de 3 à 20 °C demande à peu près 0,2 kWh, c’est-à-dire quelques centimes. Ce qui coûte cher, c’est la fenêtre entrouverte pendant trois heures, qui refroidit les parois et impose de rechauffer 15 à 25 fois plus de masse.
La ventilation mécanique fait le travail de fond entre deux aérations. Une installation simple flux extrait 15 à 45 m³/h par pièce humide, avec une position forcée de 90 à 135 m³/h en cuisine. Les bouches hygroréglables modulent ce débit selon une humidité de 30 à 70 %. Une installation double flux récupère 70 à 90 % de la chaleur de l’air extrait. Dans tous les cas, les entrées d’air placées en haut des fenêtres, calibrées autour de 22 m³/h, ne doivent jamais être obstruées : sans elles, l’extraction ne peut rien tirer.
Où poser le capteur et comment lire sept jours de courbes
L’emplacement change les chiffres plus que le modèle d’appareil. Posez le capteur entre 1,10 et 1,50 m du sol, à 1,50 m au moins d’une fenêtre, à 1 m d’une porte, hors du flux direct d’une bouche de ventilation et loin de tout radiateur. Le soleil direct ajoute 2 à 5 °C à la mesure de température et fausse l’humidité relative dans la foulée. Gardez également 50 cm entre l’appareil et une personne assise : l’air expiré fait grimper l’affichage de 200 à 800 ppm de façon purement locale.
Réglez l’intervalle de mesure entre 1 et 5 minutes. Plus court, vous enregistrez du bruit ; plus long, vous ratez les pics de cuisson qui ne durent que 15 minutes. Attendez ensuite sept jours complets avant de conclure quoi que ce soit : un logement a un rythme hebdomadaire, et une seule journée ne dit rien de la ventilation réelle.
Trois courbes méritent d’être regardées en priorité. La courbe de CO2 nocturne dans les chambres, entre 23 h et 7 h, donne la qualité du renouvellement au moment où l’on passe huit heures dans la même pièce. La courbe de particules pendant la préparation des repas dit si la hotte est efficace ou décorative. La courbe d’humidité après une douche, qui monte à 65 à 85 % pendant 20 à 40 minutes, doit redescendre sous 60 % en 30 à 45 minutes : au-delà, l’extraction est insuffisante et la condensation s’installe sur les surfaces froides.
Pour l’automatisation, préférez des seuils avec hystérésis. Déclencher une ventilation à 1 000 ppm et l’arrêter à 700 ppm évite les cycles courts qui usent le matériel. Pour les particules, une notification au-delà de 50 µg/m³ pendant plus de 10 minutes filtre les pics de cuisson normaux et ne remonte que les situations qui durent. Pour les COV, travaillez sur la variation : une hausse de plus de 150 points d’index en moins de 10 minutes est un signal bien plus fiable qu’une valeur absolue.
Questions fréquentes
Mon appareil affiche un eCO2, est-ce la même chose que le CO2 ?
Non. Un eCO2 est calculé à partir d’une mesure de composés organiques volatils par un capteur à oxyde métallique, pas à partir d’une mesure optique du dioxyde de carbone. Dans une pièce ventilée, l’écart avec un capteur infrarouge non dispersif atteint couramment 200 à 600 ppm. Pour piloter une ventilation sur le CO2, il faut un capteur à mesure optique, reconnaissable à sa plage annoncée de 400 à 5 000 ppm et à sa précision de plus ou moins 50 ppm plus 3 %.
Combien de temps faut-il aérer en hiver ?
Cinq à huit minutes en courant d’air traversant suffisent pour une pièce de 30 m³ lorsque l’écart de température dépasse 10 °C. Avec une seule fenêtre grande ouverte, comptez 15 à 25 minutes. En position oscillo-battante, il faut 45 à 90 minutes, ce qui refroidit les parois sans grand bénéfice. Réchauffer l’air d’une pièce de 30 m³ après une aération courte demande environ 0,2 kWh.
Faut-il un capteur par pièce ?
Un capteur renseigne le volume dans lequel il se trouve, et rien d’autre : deux pièces séparées par une porte fermée peuvent différer de 800 ppm. Le minimum utile est un capteur de CO2 dans la chambre principale et un capteur de particules dans la pièce où l’on cuisine. Un troisième appareil dans le séjour complète le tableau pour un logement de 70 à 90 m².
Pourquoi mes mesures de COV montent-elles à chaque ménage ?
Parce que les produits d’entretien parfumés libèrent des composés organiques volatils en quantité, avec des pics de 500 à 2 000 µg/m³ pendant 20 à 40 minutes. Le capteur fait son travail. La lecture utile n’est pas la valeur maximale mais le temps de retour à la ligne de base : avec une aération traversante de 5 minutes, ce retour prend 15 à 30 minutes au lieu de 1 à 2 heures.
À quelle fréquence recalibrer un capteur de CO2 ?
Les appareils à auto-calibration supposent que la valeur la plus basse vue sur 7 jours vaut 400 ppm. Cette hypothèse fonctionne si la pièce est aérée au moins une fois par semaine. Dans le cas contraire, ou si le capteur affiche moins de 380 ppm ou plus de 700 ppm dans une pièce vide et grande ouverte depuis 20 minutes, lancez une calibration manuelle à l’extérieur, à l’ombre, après 10 à 15 minutes de stabilisation.
